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Le grand débat ne faisant plus florès, les chaînes d’infos en continu (continu, peut-être, mais « infos » est moins évident) consacraient à leur matinale la montée de l’antisémitisme dans notre pays. Né d’une famille juive immigrée venant de l’Est de l’Europe, mes grands-parents paternels avaient toujours voulu s’intégrer dans ce peuple français qui les avait accueilli dans son pays.

Mon grand-père s’est engagé dans la Légion étrangère au début de la guerre de 14? et est tombé au Champ d’honneur en mars 1915. Il est donc devenu « français, non par le sang reçu, mais par le sang versé » comme il est dit dans le poème de Pascal Bonneti, Le volontaire étranger de 1914.

Devenu pupille de la Nation à l’âge de quatorze mois avec deux de ses camarades de guerre, Romain Gary et Pierre Mendès-France, dont les origines étaient identiques. Et au-delà d’eux, nombreux étaient les juifs qui avaient rejoint de Gaulle car ils se sentaient « français avant d’être juif ». Tous revendiquaient l’honneur de servir le pays.

Une préface oubliée

Mais il ne faudrait pas croire pour autant qu’ils avaient déserté le pays comme la propagande de Vichy voulait le faire croire. D’abord parce que dans la France de 40, on parlait très peu du sort réservé aux juifs en Allemagne et d’une façon générale en Europe de l’Ouest, pays dans lesquels ils se sentaient intégrés. Et il est un fait que le mouvement sioniste a fait plus d’émules en Europe orientale qu’en Europe occidentale. À la fin de la guerre, lorsque les atrocités commises par l’Allemagne nazie furent révélées au monde, une fois la stupeur passée, certains cherchèrent à réécrire à leur profit politique les événements qui s’étaient déroulés, peut-être afin d’en minimiser leur propre rôle.

Haro sur le nationalisme

Car la France de 1940 était divisée. Les « pacifistes » au pouvoir depuis 1936, qui avaient laisser l’armée hitlérienne occuper la Rhénanie, et le Parti communiste qui, en raison du pacte germano-soviétique, bien qu’officiellement dissous le 26 septembre 1939, avait eu une attitude équivoque vis-à-vis des belligérants. Craignant peut-être que le peuple français leur réclame des comptes après la guerre, il fallait trouver une chose qui les exonère de leur responsabilité dans la débâcle. On décréta que le nationalisme était la cause de la guerre. Comme derrière l’abréviation « nazi » il y avait le « national- socialisme », on ne retint que le mot « national » qui, transformé en « nationalisme » devint honni. Les actes horribles liés à la persécution des juifs trouvaient donc leur origine dans ce nationalisme, cela revenait à dire que les nationalistes étaient antisémites.

Regardons les faits

Cette idée, bien que ne correspondant pas à la réalité, a fini par s’imposer comme une vérité et perdure encore aujourd’hui. Chaque fois qu’un acte antisémite est commis, il se trouve toujours quelqu’un pour émettre l’idée que l’extrême droite pourrait en être le responsable, en raison de son « nationalisme ». Même si cela est systématiquement démenti par les faits lorsqu’il s’agit d’assassinats de de personnes juives, je laisse au lecteur le soin de vérifier qui les a commis, mais aucun n’est imputable à ce qui est appelé « l’extrême droite », qui est en fait la droite nationale.

La construction européenne et le nationalisme

Ce n’est donc pas tout à fait par hasard que les « pères » de la construction européenne ont mis en avant l’idée que cette Europe allait amener la paix car elle allait « gommer les nations, et donc les nationalismes ». Cela n’a d’ailleurs pas empêché de nommer comme président de la Commission européenne, qui ressemble étrangement à une sorte de gouvernement européen, un certain Walter Hallstein. Ce qui tendrait à démontrer qu’en politique, le passé ne compte qu’en fonction des idées défendues et qu’il peut y avoir, le cas échéant, quelques arrangements avec la vérité. Le temps passant, les arguments fournis pour justifier cette Europe ont évolué, mais celui de combattre les nationalismes par tous les moyens a perduré.

Un débat fondamental

Dans un débat télévisé, Marie France Garaud rappelait cette phrase du général de Gaulle :

« Ce qui pose un problème à la France, c’est que la Droite ne soit plus nationale et que la Gauche ne soit plus populaire » (voir à la minute 2’40 »). Ce problème est fondamental car il met en cause la cohésion nationale. Une droite nationale est supposée prendre en compte les intérêts nationaux, de même qu’une gauche populaire devrait prendre en compte la défense des intérêts du peuple. Or, ceci n’est plus du tout le cas. Gauche et droite sont devenues interchangeables au fil du temps et des élections. Un nouveau clivage est apparu avec d’un coté ceux qui exerçaient le pouvoir et d’un autre ceux qui le subissaient, sans qu’il y ait entre eux ce lien quasi-charnel de la nation, patrimoine commun à tous. Nos élites dirigeantes sont devenues internationalistes alors que le peuple s’est senti abandonné. Et un tel phénomène s’est reproduit dans beaucoup de pays durant ces dernières années.

Au lieu d’être complémentaires et de s’unir face aux dangers venant de l’extérieur, (et je ne pense pas à l’éventualité d’une guerre) une part grandissante des peuples pense que leurs dirigeants n’agissent plus qu’en fonction de leurs propres intérêts.

Une preuve manifeste

L’évolution récente du monde avec ce qu’il est convenu d’appeler « la mondialisation » leur montre que leurs craintes étaient fondées et qu’ils s’appauvrissaient au rythme inverse de la richesse croissante des élites. La nation est menacée de confiscation et avec elle la souveraineté du peuple, fondement même de la démocratie. Le discours sur l’ignominie de l’anti sémitisme et de la Shoa, que la quasi totalité de l’Humanité fait sien, n’agit cependant plus de la même façon. Avec le temps, les peuples ont compris que le nationalisme pouvait déboucher sur autre chose que la guerre. Et ils ont compris également qu’ils étaient les victimes de ces guerres dont ils n’étaient jamais à l’origine car ces sont toujours les élites qui les déclaraient et ne les subissaient que rarement.

Vers une recomposition nationale

Le Front National, devenu Rassemblement National, a entrepris un important travail de fond en se donnant pour objectif de reconstituer une véritable droite nationale, ce qui a permis à des gens d’origine juive et ayant fait leurs les idées de de Gaulle sur l’avenir de la nation, d’y adhérer sans restriction. Je suis un de ceux-là et je remarque que la convergence électorale des sympathisants de tous les mouvements de droite commence à se traduire dans les sondages et notamment ceux relatifs aux prochaines élections européennes. Que nos adversaires essayent de ressortir par pur opportunisme le spectre d’un nationalisme qui ne pourrait qu’être antisémite n’a rien d’étonnant et montre plutôt qu’ils sont un peu « à sec d’idées ».

J’espère également qu’à terme, la gauche renaîtra et redeviendra « la gauche populaire » évoquée par de Gaulle et que ces deux formations complémentaires et nécessaires permettront au peuple français de retrouver sa cohésion.

J’ai, pour ma part, tendance à croire que la sortie de l’engourdissement des peuples va se transformer en un véritable réveil et qu’ils entendent bien « reprendre leur destin en main » pour être en mesure d’exercer le « droit de disposer d’eux-mêmes ».

Jean GOYCHMAN


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